Informations fournie par la fédération des producteurs de lait du Québec

Arguments en réponse au Dr Marc André Lavoie au sujet du lait (émission Les pieds dans les plats - 2 février 2001)
Il n'est pas naturel pour les humains de boire le lait d'un autre mammifère après le sevrage.

Le fait qu'aucun animal ne consomme le lait d'une autre espèce animale n'est pas une raison suffisante pour s'abstenir de boire du lait. S'il fallait imiter les animaux, il ne serait pas naturel non plus de porter des vêtements, de s'instruire, de cultiver des légumes, de manger du tofu, etc.

L'humain se distingue justement de l'animal par son intelligence développée et sa capacité de penser. Si, à travers le monde, les humains consomment le lait des vaches, des chamelles, des brebis, des chèvres, etc. depuis plus de 10 000 ans, c'est précisément parce qu'ils ont, au fil de leur évolution, réalisé les avantages nutritionnels que celui-ci procure.

De nos jours, les diététistes et bien d'autres professionnels de la santé appuient le rôle des produits laitiers dans une saine alimentation parce que la science nous a permis de comprendre à quel point ils sont bénéfiques pour la santé. Et c'est aussi pour cette raison qu'ils sont un des quatre grands groupes du Guide alimentaire canadien pour manger sainement.

Par leurs propriétés nutritives exceptionnelles, le lait et les produits laitiers ont probablement grandement contribué au développement de l'humain et à la survie de l'humanité. Et si le bon sens l'emporte, il continuera d'en être ainsi.

Le lait n'est pas la seule source de calcium. On retrouve du calcium dans d'autres aliments tels les sardines, le brocoli, les fèves cuites…

Personne ne met en doute le fait que d'autres aliments contiennent du calcium. Par contre il est important de déterminer si ces aliments en contiennent suffisamment pour combler nos besoins et si ce calcium est bien assimilé par l'organisme.

Une tasse de lait fournit 315 mg de calcium, 50 g de fromage ferme, 350 mg et ¾ tasse de yogourt, 275 mg. De plus le calcium du lait est hautement disponible pour l'organisme.

Le Guide alimentaire canadien pour manger sainement, recommande la consommation quotidienne de 2 à 4 portions de lait et de produits laitiers. Cette quantité procure la presque totalité du calcium nécessaire à la santé des os
(1 000 à 1 200 mg par jour pour les adultes), le reste de l'alimentation fournit la balance.

À part les produits laitiers, il existe d'autres sources alimentaires mais le calcium qui s'y retrouve n'est généralement pas aussi bien absorbé. Par exemple, la présence de phytates dans les produits céréaliers limite la disponibilité du calcium pour l'organisme.

Le cas est similaire pour les légumineuses. Les phytates contenus dans les légumineuses nuisent à l'absorption du calcium, de même que l'acide oxalique dans plusieurs fruits et légumes.

· Certains légumes verts contiennent aussi du calcium hautement disponible, mais en plus petites quantités :

· ½ tasse de brocoli contient 38 mg de calcium
· ½ tasse de chou chinois contient 84 mg de calcium

Ainsi, même en tenant compte de la biodisponibilité, il faudrait consommer 2 1/2 tasses de brocoli pour obtenir la même quantité de calcium que celle retrouvée dans un verre de lait.
Le cas des épinards est le pire exemple. Ils ont une teneur élevée en calcium mais leur contenu en acide oxalique est tel qu'il n'est presque pas absorbé.

Les sardines en conserve consommées avec les os représentent aussi une excellente source de calcium hautement biodisponible. En effet 6 sardines consommées avec les os contiennent 243 grammes de calcium, mais il ne s'agit pas d'un aliment qui fait partie de l'alimentation quotidienne des québécois.

La quantité de calcium dans les fruits est minime. À titre d'exemple 1 orange qui est sûrement un des fruits qui en renferme le plus, en contient 40 mg.

Pour combler nos besoins quotidiens en calcium sans aucun produit laitier il faut recommander des quantités peu réalistes d'aliments qui n'ont souvent pas la faveur populaire.

En plus du calcium, les os ont besoin pour être en santé, de protéines, de phosphore, de magnésium et de vitamine A, tous des nutriments que l'on retrouve dans les produits laitiers. La vitamine D nécessaire à l'absorption du calcium est présente dans le lait. La margarine et certains poissons gras en contiennent aussi mais le lait demeure la source la plus accessible.

Une boisson comme le jus d'orange peut être enrichie de calcium, mais elle ne fournit très peu des autres nutriments nécessaires à la santé des os.

La consommation réelle de produits laitiers et de calcium.

L'étude Santé Québec a démontré que les apports moyens en calcium des femmes de 18 ans et plus sont inférieurs aux apports présentement recommandés. Pour ce qui est des hommes, seulement les 18 à 34 ans rencontrent leurs besoins (1).

Les Québécois et Québécoises consomment en moyenne 1,6 portion de produits laitiers par jour, ce qui est moins que la quantité minimale (2 portions) de produits laitiers suggérée dans le Guide alimentaire canadien pour manger sainement(1).

Par ailleurs, une étude récente démontre que plus de la moitié des hommes et des femmes consomment moins de 2 portions par jour (2).

Contribution des produits laitiers à l'apport alimentaire global et à la santé.

Au-delà des maladies coronariennes:

Les études ont démontré que la consommation de produits laitiers peut aider à prévenir l'hypertension, certains cancers (côlon, sein, etc.), les calculs rénaux et bien sûr, l'ostéoporose.

Bien plus que du calcium :

D'après les plus récentes données d'Agriculture et Agroalimentaire Canada, les produits laitiers sont non seulement la source principale de calcium dans l'alimentation des canadiens mais ils sont également notre principale source alimentaire de magnésium, de phosphore, de potassium, de riboflavine et de vitamine B12. Ils sont aussi une source majeure de zinc, de niacine, de vitamine A et de vitamine B6. Sans compter que le lait constitue notre principale source de vitamine D(3).

Les études ont démontré qu'une alimentation déficiente en calcium est généralement déficiente en une foule d'autres nutriments, précisément parce qu'une déficience en calcium résulte habituellement d'une faible consommation de produits laitiers (4,5).

La riboflavine :

Le lait est une excellente source de riboflavine, une vitamine essentielle à la santé de la peau des yeux et du système nerveux. Très peu d'aliments sont aussi riches en riboflavine que le lait. Ainsi, l'incidence de faibles apports en riboflavine est en général plus élevée dans les pays où il se consomme peu de produits laitiers (6).

La vitamine B12 :

Les produits laitiers contribuent de façon significative à l'apport en vitamine B12. Selon une récente étude américaine effectuée auprès de 3 000 personnes, l'apport en vitamine B12 serait insuffisant chez 39 % des gens âgés de 26 ans et plus (7). Une déficience en vitamine B12 peut entraîner des dommages neurologiques graves et irréversibles.

Cette vitamine se retrouve seulement dans les aliments de source animale mais celle provenant des produits laitiers est mieux absorbée par l'organisme que celle provenant des viandes, poissons et volailles. Les produits laitiers sont donc importants pour prévenir les déficiences en vitamine B12 (7).

 

Références:

- Santé Québec, Bertrand, L. (sous la direction de) 1995. Les Québécois et les Québécoises mangent-ils mieux ? Rapport de l'Enquête québécoise sur la nutrition, 1990. Montréal, ministère de la Santé et des Services sociaux, gouvernement du Québec.
- Gray-Donald K, Jacobs-Starkey L et Johnson-Down L. 2000. Food habits of Canadians: Reduction in Fat Intake Over a Generation. Can J Public Health; Sept-Oct:381-5.
- Agriculture et Agroalimentaire Canada. 1998. Programme d'évaluation des éléments nutritifs, à partir des données sur Les dépenses alimentaires des familles au Canada.
- Barger-Lux J et coll. 1992. Nutritional Correlates of Low Calcium Intake. Clinics in Applied Nutrition; 2(4)39-44.
- Heaney RP. 1996. Food: what a surprise! Am J Clin Nutr;64:791-2.

- Russell R et Suter PM. 1993. Vitamin requirements of elderly people: an update. Am J Clin Nutr;58:4-14.
- Tucker KL et coll. 2000. Plasma vitamin B-12 concentrations relate to intake source in the Framingham Offspring Study. Am J Clin Nutr;71:514-22

Les Finlandais, parce qu'ils sont les plus grands consommateurs de lait, ont un risque plus élevé de maladies coronariennes (MC).

L'étude de Artaud-Wild, mentionnée par le Dr Marc-André Lavoie, explore seulement les facteurs alimentaires qui pourraient expliquer le paradoxe de la France et la Finlande. Ces facteurs, ressortis lors de l'étude des 40 pays, auraient un lien avec les MC. L'étude souligne notamment que la France et la Finlande, en dépit d'apports en gras saturés et en cholestérol similaires, ont des taux de mortalité par MC fort différents, la France ayant un taux de mortalité par MC beaucoup plus faible (1).

Nous savons aujourd'hui que plusieurs autres facteurs alimentaires entrent en ligne de compte. À titre d'exemple, mentionnons l'acide folique et l'homocystéine qui jouent un rôle important dans l'incidence des MC.

Il faut savoir que les Finlandais ont une forte prédisposition génétique aux MC. Étant restée une population homogène, le facteur génétique est demeuré présent au sein de la population (2).

L'étude de Artaud-Wild a également démontré que d'autres facteurs alimentaires chez les Finlandais contribuent à augmenter leur risque de MC, comparativement aux Français. Ils ont une faible consommation de légumes. Ils consomment aussi moins d'huiles végétales, d'olives et de noix, riches en gras monoinsaturés(1). D'autre part, les Finlandais consommaient, à l'époque de l'étude des 40 pays, beaucoup plus de café bouilli, ce qui contribuait à accroître leur taux de cholestérol sanguin (3,4).

Les Finlandais possèdent, en plus d'une prédisposition génétique importante, de nombreux facteurs de risque de MC. Le tabagisme est exceptionnellement élevé en Finlande, et la prévalence de l'hypertension est très importante (2).

S'il est vrai que les Finlandais sont de grands consommateurs de lait, les Islandais consomment plus de lait qu'eux mais ont un taux de MC plus faible (5-8).

Voici la conclusion de l'étude de Artaud-Wild: " Finalement, cette étude met l'emphase sur le fait que l'association entre les facteurs alimentaires et les maladies coronariennes est très complexe et que les différences de mortalité par MC ne peuvent être attribuées à un nutriment ou à un seul aliment. Il importe de considérer l'alimentation dans son ensemble." (traduction libre) (1).

Il est dangereux de faire un telle association entre un facteur alimentaire et une maladie aussi complexe que les MC et d'utiliser les résultats d'une étude sur une population pour émettre des recommandations au sein d'une autre. La priorité en matière de nutrition et santé n'est pas nécessairement la même partout. Les Finlandais consomment beaucoup plus de gras saturés et de lait que les Canadiens (5,7,8). Par contre, leur consommation d'acides gras trans (graisses hydrogénées) est beaucoup plus faible, comme c'est le cas d'ailleurs pour la majorité des autres pays d'Europe. En effet, les Européens consomment beaucoup moins d'aliments préparés avec du shortening que les Canadiens. Au Canada, la consommation de gras trans est élevée et constitue un problème d'envergure (9). Ainsi, les préoccupations alimentaires au Canada sont différentes.

 

Références:

- Artaud-Wild SM. et coll. Differences in Coronary Mortality Can Be Explained by Differences in Cholesterol and Saturated Fat Intakes in 40 Countries but Not in France and Finland. Circulation. 1993; 88:2771-2779.
- Grundy SM. et coll. Coronary heart disease in high-risk populations: Lessons from Finland. European Heart Journal. 1990; 11: 462-471.
- Pietinen P. et coll. Changes in Diet in Finland from 1972 to 1992: Impact on Coronary Heart Disease Risk. Preventive Medecine. 1996; 25: 243-250.
- Nylander PO et coll. Population Studies in Northern Sweden 18. Geographical Covariation between Hypercholesterolemia and Finnish Genetic Influence. Hum Hered. 1993; 43: 147-154.
- Food and Agriculture Organisation (FAO) of the United Nations (FAOSTAT). Food Balance Sheets and per Caput Food Supplies, 1996.
- World Health Organization. World Health Statistics Annuals: 1995-1996.
- USDA (FAS), Statistique Canada (Cansim), 1996.
- International Dairy Federation (IDF). Bulletin of the International Dairy Federation 355/2000, World Dairy Situation 2000. Liquid Milk Consumption, 1997.
- Santé Canada. Allégation concernant la valeur nutritive. Annexe - Effets des acides gras trans sur la santé, Mars 1998.